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Serge Clerc : itinéraire d'un enfant de la BD

Dans son domaine, la bande dessinée, le Roannais Serge Clerc est une pointure. Récemment à l’honneur au festival d’Ambierle,
il est considéré comme l’un des chefs de file de la BD des années 80. En plus de 40 ans de carrière, son coup de crayon est devenu culte. En décembre 2014, dans Le Figaro Magazine, Frédéric Beigbeder avoue : « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Serge Clerc ! »

« Je n’ai pas passé le Bac, c’est le Bac qui s’est passé de moi ! »

Serge Clerc est né à Roanne en 1957. Il y passe les 17 premières années de sa vie. Une enfance heureuse, bercée par ses lectures de bandes dessinées. « J’ai un souvenir très précis du jour où j’ai trouvé, dans le sous-sol de mes grands-parents, un immense coffre rempli d’albums de BD. Un véritable trésor ! », se remémore-t-il. Adolescent, il monte de vraies expéditions pour se rendre à Lyon, à la librairie Expérience, « l’eldorado des passionnés de BD dans le désert culturel français de l’époque. » L’Écho des savanes de Claire Brétécher et Marcel Gotlib remplace Tintin au pays de l’or noir comme livre de chevet du jeune Serge Clerc. La bande dessinée est dans son ADN et ses cahiers de lycéen, noircis de croquis, en témoignent. « Je n’ai pas passé le Bac, c’est le Bac qui s’est passé de moi ! »

« PITIÉ ! LAISSEZ-MOI MON FILS ! »

En 1975, Serge Clerc débarque à Paris et se voit propulsé à 17 ans au coeur de la rédaction de Métal Hurlant. C’est alors l’une des revues majeures de la presse adulte, dirigée par Jean-Pierre Dionnet, son créateur, et Philippe Manoeuvre, son « âme damnée ». « J’avais adressé mes croquis par La Poste pour avoir un avis et j’ai reçu en réponse une offre d’emploi ! » Son destin est tracé. Et personne n’y pourra rien. Pas même sa mère, qui écrit au rédacteur en chef pour réclamer le retour de son fils à Roanne. « La société se transformait et le monde des dessinateurs était une vraie niche. Je côtoyais ceux qui me faisaient rêver. J’étais dans le même monde que Goscinny, génie absolu, qui a engendré toute la BD moderne ! » À cette époque, Serge Clerc multiplie les crobards. Il est libre de dessiner comme il le souhaite et a la chance inouïe « d’être au bon endroit au bon moment ». Sa foisonnante carrière dans la BD dite « de genre » résonnera jusqu’à l’international !

UN STYLE RECONNAISSABLE ENTRE TOUS

Les douze années Métal Hurlant sont une succession de récits, d’illustrations ou de planches mythiques autour du rock, de la science-fiction et du polar. Les aventures de Phil Perfect et Sam Bronx, ses héros préférés, font fureur. Son style évolue progressivement du dessin noir et blanc vers la mise en couleur de ses planches à l’influence art déco. De 1978 à 1988, il publie une douzaine d’albums, mais illustre aussi des pochettes de disques, réalise des illustrations pour la publicité et la presse : Libération, Figaroscope, International Herald Tribune...

LE GÉNIE NE S’ÉTEINT JAMAIS

Les années 90 marquent sa traversée du désert. « J’avais perdu mes marques et mon dessin s’était figé. Cela s’est débloqué petit à petit en reprenant avec mes personnages mythiques. » De ces années de panne sèche sortira prochainement un nouvel album, Vu de l’Atlantique, aux éditions Dupuis. « L’Atlantique est le nom du bar en plein Pigalle dans lequel je passais mes journées à écouter et à croquer les histoires des gens. Cet album sera l’occasion de restituer le contexte de l’époque : une France paralysée par les grandes grèves et moi qui n’allais pas bien. » Succédant aux intégrales Phil Perfect (2012), Rock (2014), Science-Fiction (2016) et Noir (2017), ce nouvel opus ravira sans aucun doute les fans de Serge Clerc.